Appel à communication

Les usages éducatifs du numérique reposent sur une multitude d’artefacts technologiques. Parmi eux, les outils dotés d’un écran (ordinateurs, tablettes et smartphones) occupent une place centrale, mais ambivalente. Que ce soit en France ou dans d’autres contextes nationaux, les institutions éducatives sont sommées de développer les usages de ces écrans, afin de préparer efficacement les futurs citoyens à un monde de plus en plus « visuel » et « connecté » (Chaptal, 2003 ; Bourgatte, 2017). Apprendre à rechercher de l’information sur les moteurs de recherche, à communiquer avec ses camarades sur un forum, à analyser des images ou encore créer un blog sont autant de compétences qu’il semble aujourd’hui impératif d’acquérir et qui induisent de se confronter épisodiquement à un écran en classe (Bach et alii, 2013). L’usage du terme englobant d'écran pose lui-même question et pourra être interrogé. Il charrie en effet un ensemble de présuppositions et de décalages par rapport à des catégories telles que médias, technologies, TIC ou numérique, qui s’appuient sur des approches en psychologie cognitive, mais aussi en ergonomie, design et HCI (Human-Computer Interaction), pour lesquelles, par exemple, la luminosité des écrans et la “lumière bleue” constituerait une forme inédite de risque.

 

Dans le même temps, des critiques déjà anciennes qui s’étaient posées face à la consommation d’images cinématographiques (Forman, 1970 [1933]) puis télévisuelles (Watkins, 2015) par le jeune public ressurgissent. Les enfants passeraient trop de temps devant une multitude d’écrans et ces usages comporteraient des dangers, indépendamment du type de contenus (Bach et alii, 2013 ; Stiegler & Tisseron, 2009 ; Tisseron, 2017). Ainsi, d’après l’enquête « Common Sense Census » (2015), aux Etats-Unis, un adolescent consacrerait plus d’un quart de sa journée (6h40) aux écrans (ordinateur, tablette, smartphone, TV, liseuse). Les détracteurs de ces technologies avancent notamment le risque que ces usages prennent la place d’autres activités : socialisation, lecture papier, etc. (Dagiral & Tessier, 2018). Ces discours peuvent même aller jusqu’à une interdiction pure et simple des écrans à l’école (Bihouix & Mauvilly, 2016).

 

Les controverses autour de l’usage des écrans placent les professionnels de l’éducation aussi bien que les parents dans une situation délicate. Doivent-ils favoriser l’usage des écrans ou au contraire lutter contre ? De nombreux prescripteurs, qu’ils soient enseignants, chercheurs, développeurs informatique ou autre, cherchent à définir les bons et les mauvais usages des écrans. Les termes mêmes de ces débats et de ces définitions, dont les enjeux sont à la fois éducatifs, scientifiques, politiques et économiques, sont fortement disputés.

 

En s’appuyant notamment sur les outils de la sociologie des sciences et des techniques, de la sociologie de l’enfance, des childhood studies et des sciences de l’information et de la communication, les participants seront invités à investiguer ces questions sous différents angles : cartographies des controverses et des positionnements scientifiques (Selwyn & Facer, 2013) ; diffusion, viralité, et phénomènes de “panique morale” (Cohen, 1972) ; description et analyse de pratiques éducatives mises en oeuvre par des acteurs éducatifs pour réguler, limiter ou au contraire favoriser les usages des écrans par les enfants à la maison ou dans le cadre scolaire (Fish, 2008, Guernsey, 2012, Béguin-Verbrugge & Kovacs, 2011) ; étude des mésusages et addictions (Selwyn, 2003) présumées ou reconnues des écrans sur les enfants et leurs parents.

 

 

Références

 

Bach, J.-F., Tisseron, S., Houdé, O., & Léna, P. (2013). L’enfant et les écrans. Paris : Le Pommier.

 

Béguin-Verbrugge A., Kovacs S. (dir.) (2011), Le cahier et l'écran. Culture informationnelle et premiers apprentissages documentaires, Paris, Hermes Science Publications

 

Bihouix P., Mauvilly K. (2016). Le désastre de l’école numérique. Plaidoyer pour une école sans écrans. Paris, Le Seuil.

 

Bourgatte M. (2017). Les natifs du numérique au prisme de la vidéo. Dans M-C. Lapointe, G. Pronovost & J. Lemieux. Générations et pratiques culturelles. Québec, PUQ.

 

Chaptal, A. (2003). L’efficacité des technologies éducatives dans l’enseignement scolaire : analyse critique des approches française et américaine. Paris, l’Harmattan.

 

Cohen, S. (1972). Folk devils and moral panics: the creation of the Mods and Rockers. Londres : MacGibbon and Kee.

 

Fisch, S. M., Akerman, A., Morgenlander, M., Brown, S. K. M., Fisch, S. R. D., Schwartz, B. B., & Tobin, P. (2008). Coviewing Preschool Television in the US. Journal of Children and Media, 2(2).

 

Forman, H.J. (1970 [1933]). Our Movie Made Children. New-York, Arno Press & NYT.

 

Guernsey, L. (2012). Screen Time: How Electronic Media–From Baby Videos to Educational Software–Affects Your Young Child. Basic Books.

 

Selwyn, N. (2003). Schooling the mobile generation: The future for schools in the mobile-networked society. British Journal of Sociology of Education, v. 24, n. 2, p. 131-144.

 

Selwyn, N., & Facer, K. (Éd.). (2013). The politics of education and technology : conflicts, controversies, and connections. New York : Palgrave Macmillan.

 

Stiegler B. & Tisseron S. (2009). Faut-il interdire les écrans aux enfants ?. Paris, Mordicus.

 

The Common Sense Census (2015). Media Use by Tweens and Teens. Common Sense Media. (2015). Repéré à https://www.commonsensemedia.org/research/the-common-sense-census-media-use-by-tweens-and-teens

 

Tisseron S. (2017). 3-6-9-12. Apprivoiser les écrans et grandir. Paris, Eres.

 

Watkins P. (2015). Media Crisis. Paris, L’Echappée

 

 

Modalités de soumission et planning

 

> Lundi 3 décembre 2018 : envoi d’un résumé de la communication (1000 signes, espaces compris)

> Lundi 14 janvier 2019 : réponse du comité scientifique (après évaluation en double aveugle).

> Lundi 15 avril 2019 : dépôt du texte de la communication (+/- 25.000 signes, espaces compris).

> Mercredi 5 juin 2019 : Journée d’étude à l’EHESS - 105, Bd Raspail, Paris.

> Lundi 2 septembre 2019 : dépôt du texte définitif en vue de la publication.

 

 

Comité scientifique

 

Julia Bonaccorsi, Université Lyon 2

Michael Bourgatte, Institut Catholique de Paris

Jean-François Céci, Université de Pau

Anne Cordier, Université de Rouen Normandie

Eric Dagiral, Université Paris Descartes

Caroline Datchary, Université Jean Jaurès

Arnaud Saint-Martin, CESSP, CNRS

Laurent Tessier, Institut Catholique de Paris

Virginie Trémion, Institut Catholique de Paris

 

Avec le soutien du CESSP

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